Obstacles et astuces
Comme pour tous les adultes en général, toutes les raisons sont bonnes pour impliquer et éduquer à la cause environnementale les personnes issues de l’immigration. Par contre, cela nécessite une approche adaptée et une sensibilité interculturelle particulière.
Des intervenants communautaires en environnement issus des Éco-quartiers montréalais[1] se sont réunis pour échanger sur les obstacles qu’ils rencontrent dans les quartiers culturellement diversifiés et où la population est souvent issue de l’immigration récente. Ils ont, par la suite, mis en lumière les astuces qu’ils ont développées au fil de leur expérience terrain.
Ces éléments de discussion ont été ensuite validés auprès d’un groupe témoin composé de sept adultes immigrants qui, à leur tour, ont validé l’information dans leurs milieux respectifs.
Obstacles
1- Conceptions, croyances et pratiques culturelles distinctes et entrant parfois en conflit avec le message environnemental (ex : différentes conceptions de la propreté, de l’utilisation et de la responsabilité quant à l’espace public vs l’espace privé, etc.).
2- Différences culturelles créant parfois une barrière entre l’intervenant et la communauté immigrante, ne facilitant pas la prise de contact et résultant en un impact moindre. (ex : la façon de prendre contact avec les personnes et notre influence sur ces dernières peut différer d’une culture à l’autre notamment pour des considérations quant à l’âge, au genre ou au statut des interlocuteurs).
3- Échelle des besoins et des préoccupations liée aux difficultés engendrées par le processus d’immigration (ex : adaptation au fonctionnement du nouveau milieu de vie, apprentissage de la langue d’accueil, intégration socio-économique, recherche d’emploi, situation économique parfois précaire, statut incertain, etc.).
4- Niveau et nature de l’éducation de base reçue pouvant être différents.
5- Apprentissage de la langue d’accueil difficile, langues parlées très variées et pouvant représenter un obstacle majeur à la prise de contact et à la compréhension des messages véhiculés.
6- Outils en éducation environnementale pas toujours adaptés à une population multiculturelle (ne capte pas toujours l’attention, message mal formulé, mot non compris, approche pas assez participative, etc.).
7- Isolement des populations immigrantes et accès parfois difficile à l’information et à la formation environnementale.
8- La définition, la représentation de « l’environnement », la perception que l’on s’en fait et la relation que l’on entretient avec ce dernier peuvent grandement différer pour des facteurs culturels.
Astuces
1- Mieux connaître l’autre, créer des liens de confiance et « Make it personal! »
Sans devenir des « experts » des différentes cultures, il est important de :
- Chercher à mieux connaître les coutumes et les réalités sociales des différentes communautés auprès desquelles on intervient. Mieux les comprendre permettra de mieux saisir le pourquoi des interventions qui semblent moins bien fonctionner.
- Définir les problèmes avec eux pour que la prise de conscience et la mise en place de solutions ne soient pas imposées. Bien construites ensemble elles prendront un sens pour les gens.
- Identifier leur lien avec l’environnement, la définition, les perceptions, les préoccupations, les connaissances et les pratiques qui existent déjà.
- Démontrer le lien qui unit tous les pays du monde face à l’environnement et à l’impact de nos actions. Les gens se sentiront plus concernés et réaliseront que même dans leur pays d’origine, il y a des préoccupations environnementales de même nature.
- Se donner le temps de créer des liens de confiance avec certains individus issus des différentes communautés.
2- Toucher le cœur des gens et passer par des valeurs communes
- Donner aux gens l’occasion de prendre contact avec la nature. Par exemple, par des initiatives de jardinage ou des sorties en plein air.
- Identifier les préoccupations et les valeurs des gens, partir de là et faire des liens pour la construction des messages.
- Bien expliquer le pourquoi des actions dont on fait la promotion et ainsi, faire appel à la conscience des gens! Cela évite aussi de choquer quant on vise à changer des habitudes, rattachées au domaine du sacré par exemple, et d’éduquer de la bonne façon et durablement (versus une approche uniquement coercitive).
- Démontrer que l’on peut conserver sa culture tout en changeant certains comportements et que cette préoccupation environnementale n’est pas seulement l’affaire de la société d’accueil, mais bien de tous, au-delà des frontières du Québec.
3- Donner l’exemple et miser sur le comment faire
- Si la parole, « les mots utilisés », ne mènent pas à une compréhension du message que l’on désire transmettre, donner un exemple facilitera la compréhension du message plus clairement. Donner l’exemple est aussi porteur de changement !
- Les gens doivent être des acteurs du changement en étant impliqués dans l’action. Il faut donc outiller les gens en les faisant participer afin de développer un savoir-être et un savoir- faire.
4- Adapter le fond et la forme des interventions
- Faire appel à des interprètes pour traduire les documents, mais aussi pour accompagner lors des activités en tant que facilitateurs et agents de liaison. En plus d’adapter la formulation du message, ils permettent d’assurer un lien de confiance et deviennent des acteurs d’influence exemplaires pour leurs pairs.
- Au-delà des mots, les interventions peuvent, dans leur forme, être davantage adaptées aux habitudes culturelles de la communauté visée en considérant, par exemple, les pratiques de communication propre à la culture.
- Aller là où sont les gens, dans les lieux cultes, les regroupements communautaires et encore une fois, passer par des agents de liaison, des personnes d’influence et autres canaux et réseaux sociaux.
- Profiter des lieux d’accueil aux immigrants tels que les centres de francisation ou d’aide à l’intégration, etc. Ainsi, ils reçoivent déjà, dès leur arrivée, un minimum d’information et peuvent saisir l’importance de la préoccupation environnementale pour la société d’accueil.
- Assurer une présence lors d’activités à l’extérieur : les fêtes dans les parcs, sur la place publique, etc. Les gens non issus de pays nordiques ont souvent l’habitude de se retrouver à l’extérieur.
[1] Instauré par la Ville de Montréal en 1995, le programme Éco-quartier est présent dans plus d’une vingtaine de quartiers de la ville et est géré de façon indépendante par différents organismes communautaires. Regroupement des Éco-quartiers

